
Fatigue persistante, blessures à répétition, baisse des performances, règles irrégulières ou absentes… Et si ces signaux n’étaient pas simplement liés au surentraînement ?
Dans un épisode du podcast BPM by RunMotion Coach, la championne et médecin du sport Marion Delespierre revient sur un syndrome encore trop peu connu dans le monde du running et du trail : le RED-S, pour Relative Energy Deficiency in Sport (déficit énergétique relatif dans le sport).
Ce syndrome concerne de nombreuses sportives, parfois sans qu’elles en aient conscience. Pourtant, il peut avoir des conséquences importantes sur la santé, les performances et la récupération s’il n’est pas identifié à temps.
Sommaire
Qu’est-ce que le syndrome RED-S ?
Le RED-S correspond à un déficit énergétique chronique. En d’autres termes, l’organisme ne reçoit pas suffisamment d’énergie pour répondre à la fois aux exigences de l’entraînement, aux besoins du métabolisme et au bon fonctionnement des fonctions vitales. Le corps manque alors de « carburant » et doit faire des choix pour économiser ses ressources.
Le concept a été développé par le Comité International Olympique en 2014 afin d’élargir celui de la « triade de la sportive » et de mieux prendre en compte l’ensemble des conséquences d’un manque d’énergie prolongé.
S’il peut toucher tous les sportifs, le RED-S est particulièrement fréquent dans les disciplines d’endurance comme le trail, le marathon, le triathlon, le cyclisme, la natation ou encore l’ultra-endurance. Contrairement à une idée reçue, il ne concerne pas uniquement les athlètes de haut niveau : les pratiquantes amateurs peuvent elles aussi être concernées.
Pourquoi les sportives d’endurance sont-elles plus exposées ?
Les femmes qui pratiquent un sport d’endurance cumulent souvent plusieurs facteurs favorisant un déficit énergétique. Les volumes d’entraînement sont parfois importants, sans que l’alimentation soit suffisamment adaptée. À cela peuvent s’ajouter la recherche d’un « poids de forme », une récupération insuffisante, une charge mentale élevée ou encore une méconnaissance des besoins énergétiques spécifiques aux femmes.
Certaines sportives ont le sentiment de manger équilibré tout en restant, sans le savoir, en déficit énergétique chronique. Lorsque cette situation se prolonge, l’organisme réduit progressivement les dépenses consacrées aux fonctions qui ne sont pas indispensables à la survie immédiate. Le système hormonal, la santé osseuse, la fertilité, l’immunité ou encore la récupération peuvent alors être affectés.
Les symptômes du RED-S à ne pas négliger
Le RED-S s’installe généralement de manière progressive. Beaucoup de sportives continuent à s’entraîner pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, avant de comprendre l’origine de leurs difficultés.
Une fatigue inhabituelle, une récupération plus lente, une baisse des performances ou des blessures qui reviennent régulièrement doivent attirer l’attention. Des fractures de fatigue, des troubles du sommeil, une sensation de froid persistante, une irritabilité ou une perte de motivation peuvent également être des signes d’alerte.
Chez les femmes, le cycle menstruel constitue un indicateur particulièrement précieux. Des règles irrégulières ou leur disparition complète (aménorrhée) ne doivent jamais être considérées comme une conséquence normale d’un entraînement intensif. Elles traduisent souvent un déséquilibre hormonal lié à un manque d’énergie disponible.
Pourquoi le RED-S nuit aussi à la performance
Dans les sports d’endurance, il est parfois tentant d’associer une perte de poids à une amélioration des performances. Pourtant, lorsque le déficit énergétique s’installe, l’effet inverse apparaît souvent.
Le corps dispose de moins de ressources pour récupérer, construire du muscle, s’adapter aux séances et progresser. Les performances stagnent, la fatigue augmente, les blessures deviennent plus fréquentes et la récupération se rallonge.
Comme l’explique Marion Delespierre dans le podcast BPM by RunMotion Coach, prévenir le RED-S n’est pas seulement un enjeu de santé : c’est aussi une condition essentielle pour continuer à progresser sur le long terme.
Quelles sont les conséquences à long terme ?
Un RED-S non pris en charge peut avoir des répercussions importantes sur plusieurs systèmes de l’organisme.
La santé osseuse est souvent l’une des premières touchées, avec une diminution de la densité minérale osseuse qui augmente le risque de fractures de fatigue. Le fonctionnement hormonal peut également être durablement perturbé, entraînant des troubles menstruels persistants et, dans certains cas, des difficultés de fertilité.
À cela s’ajoutent des conséquences sur la santé mentale, avec une fatigue chronique, une anxiété autour de l’alimentation ou une obsession de la performance qui peuvent progressivement s’installer. Enfin, le système immunitaire devient plus fragile, favorisant les infections, les inflammations et les épisodes de surentraînement.
Comment prévenir le RED-S en trail et en running ?
La prévention repose avant tout sur une meilleure compréhension des besoins du corps.
Il est essentiel de consommer suffisamment d’énergie pour couvrir les dépenses liées à l’entraînement. Bien manger ne suffit pas toujours : il faut aussi manger en quantité adaptée à sa charge de travail.
Les restrictions alimentaires prolongées ou les régimes répétés augmentent le risque de déficit énergétique et sont à éviter, en particulier pendant les périodes d’entraînement intensif.
Le suivi du cycle menstruel constitue également un excellent indicateur de santé. Toute modification importante mérite d’être prise en compte plutôt que banalisée.
Enfin, la récupération fait partie intégrante de l’entraînement. Un sommeil de qualité, des journées allégées et une planification adaptée permettent au corps de récupérer et de continuer à progresser. Comme les besoins évoluent au fil du cycle hormonal et des différentes périodes de vie, il est également important d’individualiser son entraînement.
Quand consulter ?
Si plusieurs symptômes persistent malgré une diminution de la charge d’entraînement ou quelques jours de repos, il est recommandé de consulter un professionnel de santé sensibilisé au sport féminin.
Selon la situation, un médecin du sport, un diététicien spécialisé, un gynécologue, un endocrinologue ou un préparateur physique pourront contribuer à identifier un éventuel RED-S et mettre en place une prise en charge adaptée.
Aujourd’hui encore, ce syndrome reste largement sous-diagnostiqué, y compris chez des sportives expérimentées.
Trail au féminin : mieux connaître son corps pour durer
À travers cette série « Trail au féminin », nous souhaitons rappeler qu’écouter son corps n’est pas un frein à la performance, mais au contraire l’une des clés d’une progression durable.
Mieux comprendre les spécificités physiologiques féminines permet de prévenir les blessures, d’améliorer la récupération et d’adapter plus finement son entraînement. C’est aussi le meilleur moyen de construire une pratique du trail et de l’endurance qui reste compatible avec une bonne santé sur le long terme.
Écouter l’épisode du podcast BPM by RunMotion Coach
Dans cet épisode, Marion Delespierre explique ce qu’est le RED-S, pourquoi il touche particulièrement les sportives d’endurance, comment reconnaître les premiers signes et quelles habitudes permettent de le prévenir.