Guillaume Adam

La course à pied, mon plus bel outil de développement personnel

Guillaume et Romain Adam
La course à pied est un très bel outil de développement personnel. Dans cet article, je souhaite vous montrer tout ce que la course à pied m’a apporté. A travers ma pratique sportive, vous pourrez y trouver des parallèles avec votre vie personnelle ou votre vie professionnelle. Courir me permet de m’épanouir et de mieux me connaître. J’ai créé RunMotion Coach pour transmettre ma passion et permettre à chacun de se réaliser par le running.

La naissance d’une passion de courir

Les premiers souvenirs que je me suis construit sont en faisant du sport. Je m’amusais dès que j’avais une paire de basket au pied. Quand j’ai revu un de mes premiers éducateurs de foot l’année passée, Yves, il m’a confié que je courais toujours vers le ballon sans regarder ce qui se passait autour. Plus que jouer au foot, je recherchais les sprints sans relâche. Comme si le moyen était plus important que le but.

Au même âge, à 7 ans, je me rappelle d’une randonnée vers le refuge de Tête Rousse en Haute-Savoie. Une randonnée plutôt technique avouons-le. Nous étions parti bille en tête avec mon frère jumeau Romain, mon meilleur camarade de jeu, forçant l’admiration des randonneurs avec 3 ou 4 têtes de plus que nous. A aucun moment nous n’avions faibli jusqu’à traverser le névé à 3000 mètres d’altitude, dans la plus grande insouciance. Cette montagne était notre plus beau terrain de jeu. C’est sans doute pourquoi j’ai envie aujourd’hui de me mettre sérieusement au trail.

En grandissant en plaine, j’ai trouvé d’autres terrains de jeu, plus plats. Dès les premiers cross scolaires, Romain et moi terminions toujours premier et second. Rapidement, nous nous prenons au jeu d’aller dans des courses sur route et cross locaux pour relever de nouveaux challenges. Je ne sais pas si vous avez un frère jumeau ou une soeur jumelle, mais la rivalité gémellaire n’est pas un mythe. A chaque course, nous voulions battre l’autre. Dépasser l’autre, c’était l’assurance de se dépasser soi-même.

Une autre motivation venait de l’amusement avec mes camarades de club. Le jeu, les défis, rien de tel pour vous faire adorer la course quand vous êtes gamin. Des entraîneurs passionnés m’ont inculqué le virus de la course à pied et transmis ses valeurs. Alex Fournival, a su m’amener progressivement du niveau départemental à l’enfance au niveau international à l’âge adulte.

Admirer les champions voler sur la piste des meetings internationaux à Monaco et Lausanne m’a donné des étoiles plein les yeux. Je me rappelle des foulées légères de Kenenisa Bekele – le Usain Bolt de la course de fond – dans les labours de Saint-Galmier en 2005. Ce jour-là, il signe son quatrième doublé de champion du monde de cross court et de cross long. Kenenisa Bekele, Hicham El Guerrouj ou Wilson Kipketer m’ont inspiré, au même titre que le champion local du club de la Foulée d’Annemasse, Guillaume Fontaine.

Franchir les étapes une à une

Je franchis les étapes une à une à force de travail et de persévérance, et une dose de talent. De l’insouciance nait parfois des déclics. Lors de mon premier double tour de piste à l’âge de 16 ans, je pars en tête et possède plus d’une dizaine de mètres d’avance à la cloche devant des coureurs bien plus expérimentés. Je ne me pose pas de questions et remporte mon premier 800 mètres en 1’57. Le début d’une histoire d’amour avec le double tour de piste ! Cette performance m’ouvre des portes pour rentrer dans des courses plus rapides, et de mes premiers championnats de France sur piste.

Il faut savoir saisir la moindre opportunité. Pour mes seconds championnats de France jeune, j’arrive en finale. Cela m’ouvre les portes d’une école renommée dans la France entière : la section Sport de Haut-Niveau de l’INSA de Lyon. Parmi les célèbres ingénieurs diplômés : Bruno Marie-Rose – ex-recordman du monde du 4x100m – Jean-Christophe Péraud – second du Tour de France – ou encore François Gabard – vainqueur du Vendée Globe.

Rien de tel que cette émulation au niveau étudiant et sportif pour franchir de nouvelles étapes. Ce double projet me permet également de trouver un équilibre indispensable dans la vie de tout homme. Je partage de temps en temps mes entraînements avec le groupe mené par Bastien Perraux sur le campus de la Doua. Le reste du temps je m’entraîne seul en suivant les plans de mon coach Haut-Savoyard. Je commence à m’intéresser à comment marche l’entraînement et comment les programmes sont construits. J’apprends à mieux me connaître et à ressentir ce dont je dois travailler en priorité.

La “zone”, ces instants de grâce

J’arrive à me transcender dans les courses à enjeu. Je vis quelques instants de grâce sur la piste en remportant ma première médaille en championnats de France jeune en salle. Quelques jours plus tard, je participe à mes premiers championnats de France Elites dans la majestueuse salle du palais omnisports de Paris-Bercy. A la surprise générale, surtout pour moi, je rentre en finale !
Sans le savoir, je rentre dans, ce qu’on appelle, la “zone”. Un état mental où tout semble facile. La “zone” ou “flow” en anglais a été théorisée par le psychologue hongrois Mihály Csíkszentmihályi. Chacun peut la vivre dans toute activité, pas seulement sportive. Pour cela, l’individu doit entrer en adéquation entre son niveau de compétence et son niveau de défi.

J’ai la chance de le vivre ces moments intenses plusieurs fois chaque saison et si j’adore autant la compétition, c’est bien pour vivre ces instants là. Comment savoir si vous êtes déjà rentré dans la zone ? Vous notez notamment un raccourcissement de la perception du temps. Combien de fois ai-je eu l’impression de franchir la ligne d’arrivée juste après avoir pris le départ ? Dans ces instants là, tu te concentres uniquement sur le geste que tu accomplis, pour moi le relâchement des épaules notamment. C’est dans ce relâchement que je trouve le lien entre le 800m ou le marathon, deux distances complètement différentes mais où je retrouve ces mêmes moments intenses.

J’étais un fan absolu de la distance du 800 mètres même si intrinsèquement j’avais de meilleures qualités d’endurance que de vitesse. Il m’aura fallu une saison ratée où toutes les portes des meetings se sont refermés pour que mon amour pour le double tour de piste soit abîmé à jamais. D’un échec et de frustrations naissent les succès. Je monte alors sur la distance supérieure : le 1500 mètres. Alors que je tombais dans la comparaison à chacun de mes 800m, je découvre une nouvelle distance et retrouve mon insouciance sur la piste.

De frustrations au maillot bleu

Dès la saison en salle, j’ai un déclic. Lors d’une course à élimination en salle à Lyon, je termine en duel face à Grégory Beugnet, athlète en équipe de France. Mes progrès sont fulgurants et je remporte les championnats de France universitaire sur 1500 mètres face à 3 ou 4 coureurs d’un niveau national. Moment de grâce en juin, je pulvérise mon record en plein air de 11 secondes sur 1500 mètres et signe un inattendu 3’40. Je n’avais pas de stratégie de course, aucun repère, j’ai seulement suivi mon instinct. Je crois que j’ai bien fait de tenter le 1500 mètres… Mon rêve de porter le maillot bleu devient réalité ! Je vis ma première sélection en équipe de France lors des Jeux de la Francophonie.

Jeux Francophonie 2013 sur 1500m

Dans la foulée, je pars à l’étranger pour une année d’études à Birmingham. Un groupe fantastique avec qui je partage cette passion commune. Mes entraînements deviennent de plus en plus consistants et je me dévoue corps et âme pour la course. A l’entraînement, je sens que j’ai le niveau pour faire les championnats du monde d’athlétisme en salle 2014, mais les portes des meetings internationaux ne s’ouvrent pas. Même si j’ai encore progressé, je n’ai pas le chrono en compétition requis pour participer à ces meetings. Il faut avoir fait ses preuves. C’est le serpent qui se mord la queue. Pour rentrer en meeting, il faut avoir réalisé un chrono international et pour faire un chrono international il faut rentrer dans ces meetings internationaux… De ce rendez-vous manqué va naître une envie encore plus grande de prouver que j’ai ma place parmi les plus grands.

Dès mon premier meeting en France, je remporte largement le meeting de Montbéliard en 3’38 grâce à un très gros dernier 200m. Aux championnats de France, je frôle le hold up. Je suis en deuxième position à 200 mètres de l’arrivée juste derrière Florian Carvalho. J’attaque dans le virage mais je paie mon impatience dans la dernière ligne droite où mes muscles gorgés de lactique me freinent inexorablement. Sans cette erreur tactique, le podium voire même le titre de champion de France me tendait les bras !

Après un début d’année 2015 gâché par une blessure au genou, je ne parviens pas à retrouver mon niveau. Je termine quand même la saison par un record de France Universitaire sur 1500 mètres lors des Universiades, les Jeux mondiaux universitaires. Une excellente aventure pour clôturer ma vie étudiante et célébrer mon diplôme d’ingénieur.

Le rêve olympique

Pour rebondir et retrouver une dynamique de groupe, je rejoins le groupe de Bastien Perraux. Bastien arrive toujours à trouver les mots justes pour booster ses athlètes. Je me consacre une année 100% à l’athlétisme pour optimiser mes chances de qualifications pour les Jeux Olympiques de Rio. Je fais d’énormes progrès en endurance et prends enfin plaisir sur les terrains de cross. Je remporte mon premier titre de champion de France Elites, sur le 3000m en salle.

L’été, je reste “bloqué” à 3’39 et échoue à 3 secondes des minima pour rentrer dans le top 16 mondial et me qualifier pour les Jeux Olympiques. La marche était peut-être trop haute, mais j’ai en tout cas vécu une superbe aventure. J’ai tout donné sur la piste, à l’entraînement comme en compétition. Avec du recul, le fait de ne pas avoir une autre activité stimulante à côté du sport ne m’a pas permis de me libérer pleinement. Trouver son équilibre est essentiel dans la vie d’un homme et pour rentrer dans la fameuse “zone”.

Je me relance en partant aux Etats-Unis, du côté de Boston. La saison en salle là-bas est exceptionnelle. La densité est incroyable, et le Mile soulève les foules. Cette épreuve de 1609m est idéale à suivre en salle. Les 4 minutes sont une barrière mythique, un accomplissement pour les étudiants américains. C’est facile à suivre, chaque tour de 200 mètres doit être bouclé en moins de 30 secondes. J’ai le privilège de courir avec le champion Olympique 2016 du 1500m Matthew Centrowitz, course dans laquelle je rentre dans le prestigieux club des sub 4 Miler, en 3’59’’74, comme un clin d’oeil au département Haut-Savoyard 😉

Mon plus beau moment sur piste

Je me mets à rêver d’une qualification pour les championnats d’Europe 2017 en salle. La Fédération Française d’Athlétisme me demande de courir sous les 3’58’’00, temps que le sélectionneur a jugé équivalent aux 3’41’’50 demandés sur 1500 mètres pour les Français. Les tables de conversion indiquent que 3’41’’5 équivalent à 3’59’’0, mais qu’importe.

Quelques jours plus tard, j’ai une nouvelle chance de me qualifier. L’atmosphère de la salle de la Boston University est survoltée ! Je vole sur la piste et après que le lièvre ait parcouru 800 mètres, j’attaque seul ma course contre-la-montre. La foule me porte avec sa clameur assourdissante. Je vie mon plus beau moment les pointes au pied, en totale communion avec ces amoureux de l’athlétisme et du Mile !

J’ai été au bout de moi-même. Le chrono tombe : 3’58’’38… Trente-huit centièmes de trop. J’ai le niveau pour rentrer en finale des Europe et je suis persuadé de pouvoir décrocher une médaille sur un coup de maître. Mais le sélectionneur de l’équipe de France ne m’accorde pas ma place pour les Europe. Le contraste entre cette course de rêve et cette froide décision brise ma motivation et mon envie de faire de nouveaux sacrifices. J’ai l’impression d’avoir fait le tour de ce que j’avais à faire sur piste, et de ne plus apprendre grand chose de plus sur moi-même.

Je vais voir le marathon de Boston en avril, je tombe sous le charme de cette foule de coureurs anonymes. J’encourage de nombreux camarades de club avec la licorne du Boston Athletic Association sur la poitrine. Cette aventure me tente ! Lors d’une soirée avec les bénévoles du marathon et les coureurs du club, je rencontre un chercheur du MIT et du CNRS. Il me propose plus tard de participer à des travaux de recherche au MIT sur la prédiction de performance en course à pied. Allier ingénierie et course à pied, le rêve !

De nouveaux défis et courir pour transmettre

En parallèle, je me mets à développer l’idée de RunMotion, née lors d’un footing quelques semaines plus tôt avec Romain. En voyant les bienfaits que procure la course à pied à mes amis qui courent, je me met à rêver d’un service pour accompagner les coureurs dans leur pratique.

Plus tard, je vis des moments difficiles dans ma vie personnelle, et la course à pied me permet de me relever. Chaque footing, chaque séance d’entraînement m’évade l’esprit. Ca me fait un bien fou. Quand je cours, tout me semble possible. Quand je cours seul, soit je ne pense à rien, soit je pense à mes enjeux du moment et tout me semble beaucoup plus clair une fois de retour chez moi.

De retour dans mes belles montagnes alpines, j’ai besoin de nouveaux défis en courant. Comme un retour aux sources, j’ai envie gambader en montagne avec Romain dès que l’occasion se présente. Chaque sortie en montagne est une découverte. Je veux profiter de cette découverte du trail et du marathon pour me surprendre à nouveau et en apprendre plus sur moi-même. J’ai pu en avoir un premier aperçu lors de mon premier marathon à Lausanne. Vivre le mur du marathon, quelle expérience ! Je compte vivre de nouveaux moments intenses dans ces défis excitants et retrouver le maillot bleu.

Je souhaite à mon tour transmettre ma passion de courir et les valeurs que j’ai reçu à des milliers de coureurs via l’application RunMotion Coach, pour qu’eux aussi s’épanouissent à travers la course à pied. Nous avons tous une motivation profonde pour laquelle nous courons. Je cours pour le dépassement de soi et le sentiment d’accomplissement. Je cours aussi désormais pour transmettre ma passion et inspirer un maximum de personnes à se mettre au sport.

Guillaume Adam

Crédits photos : (1) Pict’your Company (2) Michel Adam