Guillaume Adam

Eviter le mur du marathon, ça se passe dans la tête ?

Courir, c’est se lancer sans cesse de nouveaux défis. Celui dans lequel je me lance, à 28 ans, après plus de 15 ans de pratique de course à pied est un peu fou : courir mon premier marathon. Même avec une bonne préparation, je rencontre une sensation unique : le fameux mur du marathon. Je suis dans le groupe de tête jusqu’au kilomètre 34. Tout va bien. Pourtant, il suffit d’une légère accélération pour suivre le futur vainqueur pour que je prenne le mur en pleine face.

Même si la volonté est toujours là, le corps ne répond plus comme je le souhaite. Les sensations de fatigue et même de confusion ont pris le dessus. Je passe alors d’un coup d’une vitesse de 17,5km/h à 16km/h, puis reste bloqué à 14km/h pour les 2 derniers km.

Avec un entraînement adéquat et une gestion de course intelligente, il est néanmoins possible d’éviter ce fameux mur ou en tout cas d’en minimiser l’impact sur votre chrono final.

Quelles sont les causes du mur du marathon ?

Les chercheurs ont identifié 2 principales causes de fatigue, la fatigue centrale – le cerveau – et la fatigue périphérique – les muscles. La fatigue périphérique est causée par des facteurs physiologiques et chimiques dans vos muscles alors que la fatigue centrale est associée aux efforts de votre système nerveux central pour maintenir un équilibre appelé homeostasis. Cela permet notamment de prévenir les dommages à vos muscles.

Pendant longtemps, l’explication énergétique a été avancée pour expliquer le mur du marathon. Pour courir un marathon et ses 42,195 kilomètres, un coureur de 70kg a besoin d’environ 3000 kcal. Pour se contracter, les muscles ont besoin d’ATP (adenosine triphosphate), qui sont formés à partir de 2 carburants : les graisses et les glucides. Plus vous allez vite, plus vous consommez des glucides.

Dans le corps, les glucides sont stockés en glucose dans le sang, en glycogène hépatique dans le foie et en glycogène musculaire dans les muscles. Ces stocks sont néanmoins limités : entre 2000 et 2200 kcal peuvent être stockées dans le foie et les muscles réunis. C’est pourquoi il est nécessaire de faire une recharge glucidique de qualité dans les 3 derniers jours avant la course.

Une fois ces stocks de glycogène épuisés, le métabolisme des graisses prend exclusivement le relais mais avec un rendement moindre : votre vitesse diminue. Le cerveau et le corps – qui utilisent eux aussi du glucose pour fonctionner – vont en réalité garder le peu de glucose encore disponible pour leur fonctionnement vital. Avec le fonctionnement restreint du cerveau, il est possible que le coureur ressente une sensation d’étourdissement ou devienne très émotif (combien de coureurs fondent en larmes dans les derniers mètres de leur marathon ?).

Le rôle du cerveau dans le mur du marathon

De nos jours, des chercheurs, comme Dr. Timothy Noakes, sont persuadés que la fatigue centrale joue le rôle le plus important dans le mur du marathon. Le système nerveux central fait un effort pour protéger les muscles et le corps et maintenir l’équilibre chimique du corps, afin d’éviter un épuisement physique. Sans ça, nous finirions par nous effondrer avant même d’avoir franchi la ligne d’arrivée. Ce serait bien entendu une catastrophe pour le corps et le système nerveux central veut l’éviter à tout prix.

Le coeur et le cerveau ont besoin de glucides pour leur fonctionnement. Quand le système nerveux central sent que vous arrivez en hypoglycémie, que votre déséquilibre chimique est trop grand ou que vos muscles sont sur le point de faillir, il réduit le signal envoyé aux muscles. Cela vous fait ralentir afin de protéger vos muscles, votre cerveau et votre coeur. Vous ressentez alors une sensation de fatigue intense, c’est le fameux mur du marathon.

Les facteurs internes pris en compte par le cerveaux, d’après les travaux de Noakes, sont : le niveau d’oxygénation et de CO2, les metabolites musculaires, le pH musculaire, la concentration en électrolyte, le lactate, les propriétés biomécaniques, les dommages musculaires, le stockage de chaleur, la température du corps, les niveaux de glycogène et l’état émotionnel. Les facteurs extérieurs sont eux : l’allure de course, les feedbacks visuels, les adversaires et les encouragements du public.

Le système nerveux central pourrait également jouer un rôle dans votre stratégie d’allure de course. Il pourrait anticiper les besoins futurs et envoyer les signaux correspondant aux muscles. Sur marathon, le système nerveux central pourrait estimer l’énergie nécessaire pour finir la course, en prenant en compte aussi les contraintes de l’environnement (température, humidité, parcours) et adapter la stratégie pour éviter un effondrement du corps.

Comment éviter le mur du marathon ?

Courir un marathon n’est pas un jeu. Courir un marathon est une lutte entre vous-même et la fatigue. Pour battre votre record, il n’est pas nécessaire d’éviter le mur, mais de le ressentir le plus tard possible et surtout d’en réduire un maximum les effets. Une préparation de qualité et un entraînement sur-mesure est dès lors indispensable.

A la fin de votre marathon, si vous ressentez des crampes, comme ce fut le cas pour moi pour mes 2 premiers marathons, vous n’étiez certainement pas suffisamment prêt musculairement à encaisser plus de 30 000 appuis sur le sol. Il faudra alors un travail de musculation et habituer votre corps à faire plus de kilomètres sur le goudron.

Si vous ressentez une hypoglycémie, la stratégie de nutrition d’avant-course sera probablement à améliorer. De plus, les sorties longues en endurance fondamentale à basse intensité permettront d’habituer le corps à mieux utiliser les graisses comme carburant pendant votre marathon.

Quelque soit le facteur limitant que vous rencontrez, la stratégie de course s’affine course après course. Il ne faut pas oublier que le marathon est une course de patience et qu’il convient d’adopter la bonne stratégie pour gérer son stock de glycogène et préserver ses muscles pour la fin de course. Et plus vous travaillez votre mental, plus votre cerveau vous permettra d’aller loin dans l’effort.

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Crédits photo : Pict’Your Company